• Bible de Léau, le livre

Vient de paraitre
Yves Charlier, La Bible de Léau, Namur, La Traversée d’une Œuvre, 2021.
Abondamment illustré en couleur
Prix : 18 euros

En 1091, les scribes Domingo et Muno, moines de l’abbaye bénédictine de Silos terminent la copie d’un très beau manuscrit des œuvres de Béatus de Liebana en mettant en garde leur lecteur :

Le travail du scribe profite au lecteur ; le premier fatigue son corps, et le second nourrit son esprit. Toi, qui que tu sois, qui vas profiter de ce livre, n’oublie pas les scribes, pour que le Seigneur oublie tes péchés. Parce que celui qui ne sait pas écrire ne sait pas non plus apprécier ce travail. Si tu veux le savoir, je vais te le dire : le travail de l’écriture abîme la vue, plie le dos, broie les côtes, dérange l’estomac, brise les reins et perturbe le corps tout entier. C’est pourquoi, lecteur, veille à tourner les pages avec soin et à ne pas toucher les lettres, parce qu’à l’instar de la grêle qui détruit une récolte, le lecteur inutile efface le texte et détruit le livre.

Cette complainte est courante dans les manuscrits médiévaux. Les copistes n’hésitent pas à insister sur la pénibilité de leur travail. Tâches délicates mais c’est à ces copistes du Moyen Âge, la plupart du temps anonymes, que nous sommes redevables de la transmission des œuvres de l’Antiquité, de la connaissance de la florissante littérature médiévale ainsi que la propagation de nombreux ouvrages religieux. Et tout particulièrement la Bible qui était représentée dans toutes les bibliothèques monastiques et alimentait le quotidien de la vie religieuse, tant pour la lecture, les offices ou encore la spiritualité et la méditation intérieure.

Le propos de cet ouvrage est donc de vous parler de ce manuscrit méconnu mais exceptionnel qu’est la Bible de Léau car cette Biblia sacra est sans contredit une des pièces maitresses des livres produits dans le diocèse de Liège au milieu du 13e siècle. C’est le fleuron de la bibliothèque du Séminaire de Liège. A ce titre, elle a été qualifiée en 2017 de trésor par la Fédération Wallonie-Bruxelles en raison de sa valeur artistique et historique tant pour son état de conservation, pour son esthétique, sa rareté, sa grande qualité de conception et d’exécution ainsi que son lien avec l’histoire et l’histoire de l’art.

Ce qui frappe dans cette œuvre, outre la clarté et l’équilibre de la mise en page, ce sont l’élégance de la décoration, la fraicheur des couleurs et l’originalité de l’interprétation iconographique de ses lettrines.
Bible ornée de superbes enluminures (illuminare en latin ou mettre en lumière) qui sont, au Moyen Âge parmi les formes d’art les plus privilégiées, la prodigieuse rencontre entre l’art de l’écriture, la calligraphie et la peinture.
La valeur de ce document est augmentée par la connaissance que nous avons du contexte de sa réalisation : la date, le lieu où il a été copié et son destinataire :
Ce livre a été écrit l’an du Seigneur 1248, en l’honneur du Seigneur et de la bienheureuse Marie, ainsi que de saint Sulpice et de tous les saints, dans la maison des frères de l’ordre du Val des Écoliers de Léau, du temps du prieur Jonathas de bonne mémoire.

L’auteur est Yves Charlier, historien médiéviste et directeur de la bibliothèque du séminaire.

Disponible à la librairie Siloé (rue des Prémontrés, 40 à 4000 Liège), à la boutique du Trésor de la Cathédrale et à la bibliothèque du séminaire