Ptit Marc
Marc Attacks !
Ptit Marc vu par Patrick Boutin
En découvrant il y a peu Ptit Marc avec le catalogue d’exposition Des gens comme nous, une seule pensée m’a fusillé l’esprit : « Ça dépote ! »
Disons que ça fait mouche fissa. Mais si, au sens propre : « dépoter » signifie « transplanter », j’ajoute que la greffe de bonne humeur a bien pris !
Toutes ces couleurs forcent la rétine et électrisent le nerf optique rapido. C’est un régal visuel qui se grave en un clin d’œil. L’ensemble regorge de bobines sympas ; c’est plein de tronches hilares ; rempli à mort de gueules d’atmosphère ! Ça sent l’argot et la nostalgie du temps présent. Ces trognes déformées et portant à rire, véritables « têtes de truc » dépeintes avec tendresse, forment un drôle d’écho kaléidoscopique à notre humanité zarbi, à l’en croire. Ptit Marc la lorgne amicalement. L’homme lui doit et lui rend son salut aux dépens de sa trombine à remodeler ― toutes proportions à ne pas garder. Déformé ou difforme, je est un des nôtres. C’est rassurant : hommes et femmes valent le coup et se tirent le portrait plus que la gueule. Nul n’est monstrueux. On frise l’inquiétude parfois, sans être réellement de mèche avec l’étrangeté. Tout va bien. Ça rigole de mille dents là-dedans ; certaines grincent pourtant. Les regards giclent des orbites ! Certains sont louches. Ça fuse dans les angles, c’est rond en pétarade. C’est gai le plus souvent. C’est un feu de joie d’artifice ! Une explosion ultrapositive. Quelle drôles de… mines : l’art… plastique !
Pas de figuration libre à proprement parler, mais des figures libérées – et de style ! Des totems hilares. Les traits se mêlent et inventent de nouvelles lignes, une dimension neuve, figurative et abstraite. On frôle la BD que j’aime, comme miroir déformant les caricatures même. On est dans la référence, pop culture partout, des comics à Sesame Street, petit écran, neuvième art, cinoche, la balle au centre. Comme si Charlie Schlingo et Caroline Sury, par exemple, se réveillaient au
pays de Toto Pissaco – fausse naïveté et vraie ironie dans le shaker d’un univers bariolé si contemporain.
Marc est plus grand que petit, soyez-en sûrs, et il a la dent douce, aimant ses sujets plus que tout – et son prochain. Et même le suivant… ! Et celui d’après. À
l’infini. La farandole est là, la danse des corps se fait. Chez ces gens-là, personne n’est jamais grotesque. Rien n’est ridiculisé. Ce sont des bouts de nous tous. Des fragments de ce que nous pourrions rêver d’être dans un monde plus cartoon, over the Marc-en ciel. Façon puzzle.
Les figures ont de ces sourires. C’est monalisesque ! Au-delà de l’humour noir, notre artiste innove dans la couleur joyeuse. Très noble tâche festive en ces temps moroses. Tache sans accent itou. Les teintes ne sont jamais éteintes. Ça rutile, ça chatoie. S’il y avait plus de colère que de couleurs, ça fulminerait. Ça culmine. En toute bonhomie. Il y a quelque chose d’une poétique de l’infantile, plus que de l’enfance, dans cette agglutination de binettes anti-stress, de quidams collés qui débordent comme du lait qui bout, en bouilles joviales, de la casserole de la vie – une philosophie du « tous unis contre »… oui, « tout contre », comme dirait l’autre…